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FANTASIA 2013 – Mistaken for Strangers de Tom Berninger

Laurence Lebel
31 juillet 2013

Dans mon précédent billet, je me plaignais de la vie qui faisait parfois mal les choses. Ma bonne étoile a cependant fait en sorte que je puisse assister à la seconde représentation de Mistaken for Strangers; un documentaire mettant en vedette le groupe The National et réalisé par le frère du chanteur, Tom Berninger. Hourra!

On m’avait averti à quelques reprises que le documentaire, bien qu’il mette en scène The National, ne porte pas sur le groupe à proprement parler. Le sujet central est plutôt Tom Berninger, le frère raté et un peu lourdaud de Matt. Tom fait d’ailleurs pensé parfois au personnage de Zach Galifianakis dans la série Hangover. Bref, par bonté de coeur, ce dernier lui offre la chance de devenir roadie pour le groupe le temps de la tournée de High Violet. Pour Tom, c’est l’occasion rêvée de se rapprocher de son frère, de découvrir son monde d’indie-rockeur et surtout de filmer quelques moments inédits de la tournée. Cependant, Tom est un homme paresseux qui a tendance a levé le coude plutôt que de se concentrer à sa tâche. Son arrivée à bord de l’équipe ne fait pas l’unanimité et certaines personnes doutent de sa capacité à apporter les serviettes et les bouteilles d’eau dans les loges. Ce n’est pas peu dire. Tom persiste tout de même et traine sa handycam tout au long de l’aventure en filmant, parfois à leur insu, les membres de The National, mais aussi l’équipe technique et les amis du groupe. Il s’improvise aussi intervieweur et tente de percer à jour les frères Dessner (les jumeaux guitaristes) et Devendorf (respectivement le bassiste et le drummeur).

La relation entre les deux frères Berninger n’est pas de tout repos. D’un côté, il y a Tom, le plus jeune de la famille qui vit encore aux crochets de ses parents dans la résidence familiale de Cincinnati. Tom n’a pas accompli grand chose dans sa vie mise à part des films un peu louches sur la remise en question d’un barbare sanguinaire. Il se laisse facilement abattre et ne semble pas promu à un avenir bien intéressant. De l’autre côté, il a Matt, l’enfant chéri de la famille qui semble tout réussir ce qui lui passe sous la main. Matt est un gage de succès pour ses parents et son entourage. Alors quand vient le temps pour ces deux frères de travailler ensemble, le mélange est explosif. Pour Tom, c’est une lutte continuelle pour tenter de sortir de l’ombre de son frère qui lui connait enfin un succès commercial avec son groupe.

Grâce à Mistaken for Strangers, on découvre des facettes très agréables du groupe; que ce soit le comportement un peu intense de Matt ou ses blagues à double tranchant, de même que pour les mimiques et anecdotes de tournées des jumeaux Dessner. On a aussi droit à un cours échange entre Tom Berninger et le drummeur Bryan Devendorf qui a la réputation d’être peu bavard. Si la complicité règne entre les deux duos de frères, il en est tout autre pour les frères Berninger. C’est d’ailleurs l’épicentre du documentaire.

Certaines scènes sont d’ailleurs criantes de vérité. Entre autre, le moment où Tom rate l’embarquement de l’autobus de tournée et reste coincé au bar de la salle de spectacle. La confrontation entre les deux frères ne sera pas de tout repos, mais résume l’essence de leur relation et la dualité incessante entre eux.

Il y a cependant quelques longueurs dans le documentaire. Les prises de vues selfies de Tom n’apporte pas grand chose sinon des passages de pur égocentrisme. On aurait pris un peu plus d’échanges entre le réalisateur et le reste du groupe. Les périodes de questions étaient gorgées de naïveté et c’était même à se demander si Tom était véritablement sérieux dans ses questions un peu enfantines. Cependant, ce n’était pas déplaisant et cela faisait en sorte de dédramatiser un peu tout le sérieux entourant le documentaire et le groupe lui-même. D’ailleurs, en période de questions à la fin de la représentation, Tom insistait justement sur le fait que son but premier avec ce documentaire est de dédramatiser et de casser un peu la réputation de groupe dépressif de son frère.

Le documentaire est tout de même bien construit. L’évolution est menée d’une main de maitre et on ne se perd pas dans une multitude d’évènements inutiles. Bien que le réalisateur ait filmé les scènes avec une petite handycam, la qualité n’est pas perdue et on a d’ailleurs droit à quelques magnifiques scènes en spectacle. Parmi celles-ci, la boucle finale, un plan-séquence où l’on voit Tom qui poursuit son frère en lui tenant son fil de micro alors que ce dernier s’aventure dans la foule. Un beau moment.

La relation entre les deux frères, aussi explosive soit-elle, est tout de même très touchante. La sincérité et la profondeur de la relation transparaissent à l’écran et nous permettent une incursion encore plus personnelle dans le monde de The National. Un documentaire musical qui laisse toute la place à l’amour fraternel.

Pas encore de commentaire.

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Laurence Lebel

Un vent de fraicheur dans ta moustache.

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